Nadau

Nadau
Présentation Quelques chansons

Même s'il ne s'est jamais vraiment exporté hors de Gascogne, le succès chez lui, depuis plus de 20 ans, du groupe Los de Nadau poserait des questions à n'importe quel amateur de musiques ou à n'importe quel curieux de la culture en France.

A plus forte raison il en pose à des occitanistes musiciens.

Los de Nadau n'est pas un groupe de recherche ni d'avant-garde, question musique. Proche du folk-song acoustique à ses débuts, dans une version béarnaise faisant appel au folklore ** local, ce n'est que depuis 7 ou 8 ans qu'il s'est "rockisé" ("électrisé") de la façon la plus "normale" qui soit, rejoignant ainsi ce que font les Américains, les Irlandais, les Basques, les Hongrois, et plein d'autres depuis belle lurette.

Ce n'est donc pas dans son rapport aux modes musicales qu'il faut chercher la permanence de son succès. Et qui de sérieux irait chercher la permanence dans la mode ? Ailleurs, donc.

Pour moi, c'est dans le rapport que le groupe entretient, sur la base d'une musique de qualité mais sans nouveauté, avec la prise de conscience béarnaise, gasconne et occitane de leur peuple. Rapport entretenu, au delà des textes et des chansons, par une posture militante dont la qualité première est la persévérance (à mon avis, dans tous les domaines, cette qualité prime toujours sur les autres, et je pense que Los de Nadau vérifie ce postulat).

La deuxième qualité de cette posture me semble être celle qui les a mené à faire, tout compte fait, le bon choix dans les luttes. Los de Nadau a soutenu prioritairement les Calandretas depuis leur origine.

C'était, pratiquement et théoriquement, choisir l'action (pragmatique, et très politique dans le concret) contre l'idéologie (inscription dans la politique partisane ou les utopies néo-régionalistes). Par ailleurs, mais dans le même mouvement, ils ont su se lier, (de façon transversale - et donc transcendante - aux corporatismes et partisâneries) aux diverses catégories du public béarnais et gascon (jeunes/vieux, ruraux/urbains, enfants/adultes, etc).

Ce qu'a montré la qualité et la diversité du public lors de leurs deux grands concerts au Zénith de Pau. Une attitude qui revient à écouter le peuple avant de le chanter (les chanteurs occitans idéologues ont fait long feu).

Nadau Je vois aussi, dans ce militantisme pour calandreta, un autre choix : celui de l'Occitanie, non pas contre, mais au-delà de la Gascogne.

Il me semble que Los de Nadau sont dans le chemin, patient, persévérant et respectueux d'une histoire et des gens.

Je ne manquerai pas de leur dire (c'est mon rôle) comment je pense qu'ils pourraient aller plus vite sur certains terrains *** et ceci vu de Toulouse. . Claude Sicre et Claude Marti

Claude Sicre Paru dans le Trait d'Union - Maison de la culture de Larrazet.


** Je prends folklore au sens que je lui donne moi, c'est-à-dire apports anonymes du peuple, toujours changeants et actualisés, dans sa diversité, à la culture. Et non au sens de l'idéologie française, hélas partagé par nombre d'occitanistes : patrimoine ou semble patrimoine figé.

*** Si Los de Nadau se mettent au reggae, à mon sens, ils cassent la baraque.


La saga de Nadau

Salies de Béarn est en fête! Una Heste qui ne manque pas de sel.
Plaça du Bayaà les étals se dressent, prêts à l'usage. Le caviste à ses barriques, la garbure fleure le chou et le petit salé, la fontaine au sanglier, animal totem d'ici, coule son eau douce. Sous la placa est le lac salé. Une plaque de fer nous sépare de l'escalier descendant à la barque. «Seuls quelques privilégiés peuvent y aller» confie un élu. Les camions ouvrent leur gueule et des piles de chaises en plastique rouge et bordeaux sont dépliées. «Il ne manque plus que la bière...»

Jean-Michel Espinasse vient de balancer, Pierre Micouleau lit la République des Pyrénées, Yan et Ninon font leurs essais de voix. «Je veux être rock'n'roll ce soir...» Sacré Jean-Michel, va!

Donc la Heste de la Saü accueille les Nadau et coule le jurançon ! L'élan musical que los de Nadau ont insufflé en Gascogne, en Béarn, au Val d'Aran est encore, vingt-trois ans après, toujours porteur, portable, exportable.
De la matrice mère, seuls Yan et Ninon sont encore en cours. A eux deux ils sont les Nadau. Autour de ces parents les enfants sont venus avec guitares électriques, claviers, basses. L'oncle Gilbert pose sa batterie comme au bon vieux temps des Chaussettes Noires et en avant la musique populaire (au sens du peuple), polissonique, polyvocale.

Les Nadau c'est plus de vingt ans de rencontres, de bals, de Hestes, de vendanges, de dépiquages, de manifestations d'actions sur le terrain, toujours prêts et disponibles. Six de base, comme une équipe de basket, plus deux pivots de la cornemuse contemporaine en la présence des frangins d'Auch, coupables du fameux Trad'envie de Pavie, les Espinasse. Vous rajoutez deux techniciens, un camion, une sono et vous rencontrez les Nadau.

1973, année où Yan de Nadau est nommé à l'école normale de Tarbes pour recycler des instits en mathématiques. A cette époque, Marti et Patric tournent et touillent la chanson occitane.

Sorti de 68, on arrive sur une impasse because la révolution est terminée. Sous les pavés il n'y a pas trop de plage, tout rentre dans un certain ordre, les révolutionnaires qui voulaient changer la vie militent dans des syndicats.

D'autres vont faire les babas en Ariège, élèvent des chèvres ou font des cuirs et peaux. «Tout le mouvement des années 70, ça ne me correspond pas... Nous, on est originaire d'ici, la première fois que j'ai entendu Marti, j'ai fait le lien directement avec ma famille. Marti, pour moi, c'est ma grand-mère qui parlait, mais d'une autre façon, en langue d'oc, cette mairale qu'elle s'obligeait à ne pas utiliser pour me parler...

CalendretaMarti donne pour la première fois une dignité à cette langue, il dit: "Pourquoi ne m'ont-ils pas dit à l'école?", il révèle, raconte des histoires, il est en train de sabrer le livre d'histoire... On allait au lycée à St-Gaudens, la grosse insulte c'était "paysans". On n'osait pas dire qu'on venait d'un village, on disait qu'on était de Luchon...

Heureusement qu'on avait la blouse (le blues ?). Et puis brusquement, il y a un type qui me raconte qu'il faut être digne, qu'il y a tout ça qui existe même si on n'en a jamais parlé à l'école..» Donc la guitare. "Jolie bouteille, sacrée bouteille" va vite rentrer dans les ordres.

L'amour du chant chez un Commingeois comme chez les Bigourdans, les Béarnais ou les Basques, c'est fort. Suite à une rencontre avec Gilbert Nauroo, écrivain, poète occitan, Yan retrouve la langue d'oc. «On la connaissait très peu, à part Ninon qui la parle depuis toute petite.

Pour nous c'était une réappropriation. Toute la langue, chaque tournure, chaque pas de danse, chaque air de musique appris, je me les suis gagnés... Tout ça fait partie du fil et du tricot.» Voilà comment le 10 février 1974, Los de Nadau entament leur épopée à Tarascon sur Ariège. «On n'était que deux à l'époque, Yackesh (Roth) et moi. On se retrouvait avec Marti, Eric Fraj, Rosina et Martina de Peire. C'était parti»

Au début, le répertoire se divise en deux grands thèmes, des chansons revendicatives Mossu le régent et des chansons d'amour Arrron d'aimar sortent de suite et commencent d'occuper le terrain par capillarité. «Je me souviendrai toujours de la seconde soirée faite à Pau... On chante Mossu le Régent où , à la fin , le gosse dit: "Peut-être que j'irai en transition mais je parlerai toujours gascon".

Les classes de transition à l'époque, je ne sais pas si tu te souviens... Et là en pleine chanson, toute la salle éclate d'applaudissements, quelque chose d'énorme se passe, pas du tout un triomphe pour nous, c'est pas ça, les gens attendaient qu'on dise ça, qu'on dise :"bon, ça suffit".

T'on vas ?Donc il y a une rupture avec la chanson traditionnelle qui parle du berger, de la bergère...» L'Elan musical poursuit sa saga de concerts et de scènes en ruptures. Los de Nadau franchissent un nouveau seuil en 1975 à Siros, la Mecque de la chanson béarnaise, devant cinq mille personnes et plus d'un millier de chanteurs traditionnels.

Ce jour-là, cinq républicains espagnols ont été fusillés à l'aube...«On a chanté Victor Jara, mort au stade de Santiago en 73 et demandé, à la fin de la chanson, une minute de silence à la mémoire de ces républicains. Ici, c'est une hérésie de faire ça, c'est un païs très conservateur, politiquement c'est ce style là... Je me souviendrai toujours de cette minute. Je l'ai faite durer vingt secondes mais elles étaient longues ces secondes et puis tout d'un coup un tonnerre d'applaudissements.

Il y a bien là une rupture politique. La chanson engagée, comme on disait, arrive en Béarn.» Et l'histoire avance encore. Arrive 1980 et la création de la première calandreta, école publique où l'enseignement se fait en langue d'oc.

Une étape importante. «Un acte de révolte, d'autonomie. Après on a fait "qu'em ço qui em!" (Nous sommes ce que nous sommes). Les gens s'y sont reconnus. Aujourd'hui je dirais plutôt "qu'em ço qui hem!" (Nous sommes ce que nous faisons) car il ne suffit plus de faire des déclarations. A un moment donné il faut des actes concrets.

Je me souviens de Claude Alranc qui s'enchaînait aux grilles de la préfecture de Montpellier, tout seul avec les couilles monumentales... Pour nous, ça a été un long cheminement, ça fait vingt-trois ans.

Je m'aperçois maintenant qu'il y a des jeunes à notre spectacle. Déjà leurs parents venaient à l'époque, on a accompagné la vie des gens.»

Dona Ninon
Et bien oui elle est la Nadau, "la vieille" comme elle dit en rigolant.«J'y étais au début, j'y suis toujours...»

Ninon est de Monein, le coeur du Jurançon, vin si subtil avec le foie gras de canard. Oui, en Béarn, le canard est roi, même l'aire de l'autoroute s'appelle "magret".

En bons Béarnais, chez Ninon, ça chante le folklore, ça baigne dans la tradition. «J'arrivais à chanter à peu près convenablement bien que le premier concert a été un désastre. Julien Clerc à côté c'est rien, ce que j'ai pu chevroter, mais bon , je me suis lancée.»

Ninon est la troisième larronne. Depuis vingt-trois ans elle chante en béarnais. Aucune concession. Le choix de la langue est une posture face au monde. «Même avec mes petits-enfants, très souvent je chante, c'est toujours des chansons traditionnelles en occitan, en béarnais..

Je ne chante pas Sur le pont d'Avignon, Frère Jacques ou Au clair de la lune. Ça ne me vient même pas à l'idée.» Ninon a aussi ce côté rassurant, c'est elle qui gère les déplacements et ce n'est pas rien. «Quand on était que les trois Nadau, je m'occupais déjà des comptes.

Yan fait ses chansons, eux se sont calés là-dedans et s'en trouvent très bien. Je commande et ils font ce que je demande (rires)...» Nadau fait le choix de passer l'argent gagné dans l'achat de matériel sono, un super camion qui marche, because leur plaisir est d'aller chanter et, plaisir suprême, de le faire le plus facilement possible, comme des amateurs heureux.

Pensez, tous les Nadau travaillent à côté. « Tout le monde a sa paye ou pratiquement. Le problème de l'argent ne se pose pas chez nous... Quand on a de l'argent on achète ce dont on a besoin. Quand on n'en a pas, on attend, on fait comme les vieux, on met des sous dans la chaussette et après on achète».

Ninon est institutrice dans son village, et depuis vingt-trois ans qu'elle vit cette épopée musicale, elle en tire des enseignements d'une justesse telle qu'on rêve d'une maîtresse comme ça... «Le matin, quand tu as chanté le week-end tu es de meilleure humeur pour partir à l'école. C'est vrai que c'est un bon moyen de décompresser.

D'ailleurs, depuis que je fais de la scène, je ne suis pas pareille face à mes élèves. L'école est quand même une scène où il faut faire son cinéma, faire rentrer quelques choses et je pense que c'est important quand tu es enseignant de faire ce cinéma».

Pour la bande son, Nadau n'ont que l'embarras du choix. Ils connaissent à fond leur folklore, ils y puisent savamment, rajoutent des instruments contemporains. «Cette chanson traditionnelle occitane, gasconne, béarnaise, comme tu veux, on essaie de la faire vivre aujourd'hui. Elle a des musiques qui sont des blues fabuleux.

Quand, quelquefois, on les chante a capella c'est génial. Pourquoi on ne les utilise pas ? Regarde les Noirs américains, ils ont utilisé leur tradition pour faire des chansons et tout le monde trouve ça fabuleux... Lubat le fait très bien à Uzeste. Il prend sa culture et la fait avancer, on ne vit plus au temps où on était en sabots, maintenant on a une machine à laver et on est bien content. Il faut tout faire évoluer avec son temps.»

«Les chansons accompagnent la vie des gens»

Plumahon Le phénomène Nadau, cette popularité toujours aussi croissante au fur et à mesure que passent les années, s'explique aussi par les thèmes qui peuplent les paroles des chansons. «Cette "Cançon d'adieu, précise Yan, elle n'était pas foncièrement pour dire adieu à quelqu'un qui mourait mais qui partait quelque part, avec un train, les autres restaient sur le quai...

Elle est aujourd'hui très jouée dans les enterrements. L'Immortelle est jouée dans les baptêmes, les noces.. Les gens croient que c'est une chanson traditionnelle béarnaise. Quand tu vas à Carrefour ou dans le train, des gens la sifflent, ils ne savent pas qui l'a faite et ça n'a pas d'importance.

A ce moment, je revendique le titre de chanteur populaire, à savoir que ce sont des chansons qui accompagnent la vie des gens.» Et l'histoire roule toujours.

La longévité des Nadau peut s'expliquer par le fait qu'ils se produisent sur un espace géographique linguistique bien délimité par cette Gascogne qu'ils servent si bien mais l'écho de leur musique dépasse les limites de leur territoire de prédilection. L'Espagne, l'Allemagne, la Provence sont sillonnées et à chaque fois c'est le même succès...«On aimerait aller au Québec ou faire une tournée en Bretagne, se frotter aux Bretons. Je crois que ça va se faire un jour et on sera très contents.

Notre spectacle est bien à nous, les Nadau ne ressemblent à aucun autre. Le définir je ne saurais pas, c'est à toi de le dire, c'est pas du folk, pas de la variété...» Je dirais que c'est un mescladis, c'est pas de l'humour, c'est pas des sketchs, c'est un peu tout ça à la fois et le terme "variété", au sens de varié, est celui qui convient le mieux, le plus juste. «Je revendique totalement ça. Les mots sont piégés mais je vois que tu précises. C'est vrai qu'on essaye de varier, il y des chansons très douces, c'est varié. Autant dans les thèmes que dans les formes musicales. Alors bon, si on fait de la variété, on fait de la variété. Il n'y a rien qui me gêne parce qu'on a cette espèce de sérénité. C'est quoi l'essentiel ?»

Deuxième période

Bon, j'ai piqué juste. Le père Yan met les poulets bien à plat sur le barbecue, la jeunesse arrive, la table est dressée, le vin est tiré, allez, à la santé de la culture d'oc!

La "new generation" est là, l'électricité branche les guitares, les cornemuses, et "Pengabelòt, Pengabelòbene" tourne son reggae béarnais. Depuis le début de leur histoire, les Nadau se sont adaptés aux situations politiques, culturelles tout en gardant leur personnalité (ce qui ne manqua pas de leur valoir quelques critiques acerbes de la part de certains occitanistes).

Et si dans les années 70, il suffisait de chanter Volem vivre al païs pour remplir une salle, et ils étaient nombreux à le faire avec plus ou moins de bonheur, à partir des années 80 ce n'est plus la même histoire : un bon nombre de chanteurs occitans disparaîssent en même temps que "Ventadorn", cette maison de disques tant aimée, trop mal aimée à l'époque.

Aïe, aïe, Yan se remonte les manches, chez "Ventadorn" Los de Nadau étaient avec Marti et Patric les loco-émotives... Alors bon. «Oui, à la grande époque de "Ventadorn", on était peut-être un peu sectaires. "Ventadorn", pour nous, c'était résevé aux chanteurs occitans, pour la chanson occitane et il n'était pas question que les autres y mettent le nez...».

C'est au nom de ce sacré réglement que Joan-Pau Verdier s'est fait vilipender, et en plus, ô sacrilège, est allé signer à Paris, chez Phillips. «Verdier, nous on est arrivé après, mais c'est vrai qu'à l'époque, Yves Rouquette disait qu'"à partir du moment où on a ce qui faut chez nous, pourquoi aller à Paris, dans une boîte de disques, il faut faire tout pour aider "Ventadorn"...", et donc comme Verdier était parti à Paris, il a eu, c'est vrai, les foudres de tout le monde. Avec le recul du temps, c'était profondément ridicule».

Avec le recul, on voit le gâchis. Depuis ces vingt ans, qu'en reste-t-il... Les bons ont tenu, les autres sont plus ou moins là, d'autres encore sont venus, il y en a qui arrivent. «Tu as un tas de chanteurs occitans de l'époque "Ventadorn" qui coulaient parce que c'était une chanson engagée, militante, qui n'était pas forcément mauvaise mais ça ne marche plus. Les gens, surtout les jeunes, attendent autre chose.

A ce moment-là, petit à petit, on va prendre des musiciens qui viennent du rock et surtout on va changer notre façon de voir. J'avais un héritage de soixante-huitard qui était un peu... intolérant. Dans le monde occitan, tu avais le PNO, LO, tous ces vieux débats sur le nationalisme. "Ventadorn", pour nous, c'était une forteresse, on ne transigeait pas avec Paris ou avec des chanteurs parisiens, c'était le gauchisme des années 70...

Aujourd'hui, avec l'âge, je me rends compte qu'il y a des réalités historiques, des réalités identitaires et puis des réalités sociologiques qui font que cette Occitanie, elle se vit et est présente partout. Tu vas à Pau, dans le quartier de l'Osse des Bois, ils ne parlent pas en béarnais, il y a des Arabes, des Noirs, toute une mosaïque de gens qui parlent en français. Nous, quand on fait un spectacle, on essaye de mettre en concurrence le français et l'occitan, en expliquant que certains mots sont intraduisibles. Alors on les dit comme ça dans les deux langues. Disons que l'on est beaucoup plus tolérants».

Le rock et la country

nadaueffet.gif (16662 octets)Les jeunes intègrent Nadau. S'ils jouent dans des groupes de rock, dans les bistrots, les plages en été, ils ne sont pas en rivage inconnu, Nadau, ça fait longtemps qu'ils en entendent parler.

«Mes parents écoutaient ça, on avait tous les disques à la maison mais je n'aurais jamais imaginé jouer un jour avec eux... J'arrivais d'un univers musical un peu différent, dans le domaine du rock, des groupes français, anglais. Je ne connaissais absolument pas ce milieu sinon par la musique que j'entendais chez mes parents»
Serge Cabos arrive chez Nadau par l'intermédiaire de Pierre Micouleau, le groupe recherchait un bassiste.

Si la motivation était mesurée au départ, au fur et à mesure de l'évolution, de l'intégration des guitares électriques, des cornemuses, il s'est pris au jeu. «L'amalgame s'est fait, j'ai trouvé ça intéressant, on s'est impliqué, moi et les autres, et on a réussi à faire un mélange qui commence à prendre une forme assez intéressante maintenant.»

Pierre Micouleau est aussi un enfant Nadalet. «Je suis le petit voisin, ils avaient besoin d'un pianiste, un musicien qui jouait à l'oreille. Après le départ de Yakesh, je l'ai remplacé au pied levé, je me suis mis à la cornemuse, j'ai écouté beaucoup de musique trad pour m'imprégner. Je m'aperçois aujourd"hui que c'est la musique que j'ai toujours entendu mais je n'y faisais pas beaucoup attention...»

Jean-Pierre Medou, lui aussi, a baigné dans l'environnement musical des Nadau. «J'allais les voir en mobylette quand j'avais seize ans. J'ai toujours écouté ce qu'ont fait Nadau, humainement ce sont des gens qui m'intéressaient». Donc Jean-Pierre déboule avec sa guitare électrique, ne sachant pas exactement ce qu'il allait faire pour cohabiter avec les cornemuses ; sur certains morceaux une vielle venait tourner sa roue. «A force, tu trouves ta place. Le plus difficile est d'arriver à un son harmonieux entre les guitares et les cornemuses.

Aujourd'hui on se pose moins de questions, chacun connaît ses marques». Alternant Nadau et les "rock'n'roll animals", son groupe de rock, Jean-Pierre est un des rares du groupe à vivre de la musique sans exercer de métier à côté. «Je donne aussi des cours, ça se passe bien. En fait, ce qui m'intéresse le plus chez Nadau, c'est le chant. J'y trouve beaucoup de plaisir, j'ai découvert beaucoup avec le chant. Créer des harmonies vocales tient une place aussi importante que jouer de la guitare».

Et puis il y a Gilbert Bastélica. «Un batteur de choc, c'est ce qu'on appelle une rythmique solide...», précise Serge. «Lui ne connaissait pas un mot d'occitan, c'est l'ancien batteur des "Chaussettes noires" d'Eddy Mitchell». Yan a le sourire et les yeux grands comme ça !

Il faut dire que Bastélica en action, ça met de l'énergie. Il sait tout jouer, prêt à rattraper le moindre dérapage. Faut signaler qu'il a des heures de musique au compteur. D'ailleurs, il compose par ailleurs, il est vivant, quoi !

«Il nous raconte les délires de l'époque, en 62, en Algérie, en pleine guerre où ils jouaient devant 20 000 personnes avec, au bord de la scène, les militaires, mitraillettes au poing... Et tout ça ça fait les Nadau, des gens qui viennent d'horizons géographiques d'ici à l'exception du batteur...

On s'entend bien. Parfois les Espinasse nous apportent leur savoir sur les cornemuses ; les gens nous le rendent bien, tu parles à un chanteur occitan heureux».

Vingt ans d'évolution

Le foie de canard est excellent, les poulets rôtis, je ne te dis pas, l'Occitanie, l'occitanisme, la linha Imaginòt et le bordeaux te calfa lo cap et on tchatche... «J'ai été très heureux de l'avènement du traditionnel. Au début, dans les années 70, il était un peu folkeux. Après il est devenu plus sérieux et autant dans la recherche musicale, de danse, dans la recherche des instruments.

Regarde la boha, le dernier joueur de cornemuse landaise est mort en 1955 et pendant trente ans il y a eu un trou, plus une cornemuse landaise. Il a fallu attendre les années 76, 77, pour voir Kachtoune des Perlinpinpin se mettre à fabriquer une boha.

penga.jpg (6626 octets)Aujourd'hui, il doit y en avoir 150-200 qui tournent, ça donne une idée... Il y a des types comme Patrice Bianco à Nerac, Bernard Desblanc au Conservatoire Occitan de Toulouse, qui ont fait des travaux monumentaux, ce sont des types qui sont dépositaires de la culture du monde et des fois ils sont dans un petit atelier minable, ils s'en voient pour avoir quatre ronds de subvention, pour continuer à fabriquer leurs cornemuses, ce sont des héros ces mecs-là. Il y en a qui sauvent les bébés phoques, eux ils ont sauvé la cornemuse landaise. Chapeau !

Après, il y a une deuxième évolution avec les Fabulous Troubadours, Massilia Sound System, Femmouzes T. qui viennent de la ville mais aussi avec calendreta. C'est très étonnant, d'une culture qu'on disait rurale, pour les paysans, de voir que les trente-cinq calandretas, aujourd'hui, sont en ville». Et toc !

Yan de Nadau prend aujourd'hui position avec les acteurs décentralisateurs de la linha Imaginòt, qui de Nice à Uzeste et au-delà, prennent le pari d'une Occitanie culturelle à mettre en face de Paris et sa monoculture et, avec tous les autres, attaquer le centralisme qui nous ronge jusqu'au plus profond de nos êtres...

«Oui, tout à fait. Je crois que la culture est la base de tout, elle est avant l'économie. Ce qui fait l'économie, ce sont des gens qui ont des idées mais tu fonces à partir de ta culture, des biscuits que tu as à l'intérieur même s'ils sont invisibles, sinon tu fonces pas, t'es rien.

Bon, cette Linha Imaginòt, c'est une culture des villes, les Massilia Sound System c'est Marseille, Sicre c'est Arnaud Bernard. Je connais bien le quartier, j'y ai habité quand j'étais étudiant à Toulouse. Ils ont leur culture, différente de la mienne. Je suis un rural, avec mon voisin on parle béarnais tous les jours. Ici ça sent le cochon, à cent mètres. Il y en a deux qui attendent d'être transformés en jambon... Dans toutes mes chansons, il y a un peu le côté country, ce sont les chemins, la rivière et un chemin de montagne, pour moi, c'est important.

Les Nadau parlent des chemins, si la vie de certains c'est le virage Nord du stade vélodrome ou le quartier Arnaud-Bernard, je trouve ça très bien... Dans l'Immortelle, il y a le chemin, on dit "la liberté c'est le chemin". Une phrase simple, un peu naïve, ça voulait dire que, et là j'en reviens au côté politique des choses, l'important n'est pas la fleur qu'il y a au bout mais le chemin pour y aller. Chacun son chemin.

Au Zénith il y aura les Femmouzes T., j'en suis très heureux, tous les Nadau sont amoureux de Femmouzes T.»

Nadau au Zénith

vidnadau.jpg (16716 octets)Nadau revient sur la scène du Zénith de Pau. Trois ans après leur passage remarqué de novembre 93, ils remettent ça avec la "Heste de las calandretas" où trois cents chanteurs, musiciens et danseurs participeront à la fête. Tambours, cornemuses, accordéons, flûtes et violons se confronteront, se mêleront. Même l'orchestre symphonique de Pau y sera.

Aux murs du salon, le plan du Zénith laisse voir l'état d'avancement des locations. A deux mois des dates, plus de 2000 places sont réservées. En fait, ça va faire du monde. Le Zénith est dans les têtes mais ce n'est pas une obsession. Serge était déjà là au premier. «C'est quand même un lieu où tous les grands passent, alors oui c'est bien mais ce n'est pas le genre de choses que je recherche forcément. J'aime autant aller jouer dans les petits villages avec 400 personnes devant. C'est aussi sympa. Ma seule appréhension concerne l'orchestre symphonique...»

Dans le fait de prendre le Zénith, Nadau démontre que les artistes d'ici sont capables, quand ils sont bons, ambitieux, de rassembler, de s'approprier une structure faite très souvent pour les autres. «C'est aussi participer à la défense de sa culture». Ninon est bien lucide sur ce projet. «On le fait car on veut prouver qu'on existe, que la chanson occitane tient la route. C'est une expérience fabuleuse parce qu'il y a les autres, tout ce public, c'est une rencontre, tout le monde chante avec nous... Il y a des gens de la montagne, qui ne vont jamais au concert sauf quand tu vas dans leur village, qui viennent là. Ils se sentent partie prenante de cette culture.

Quand on a fait le dernier Zénith, on est rentré à la maison, il y avait une dizaine d'appels sur le répondeur : "Allô, c'est Céline de Castillon... bravo les petits et reposez-vous bien, c'était très bien». Le Zénith c'est des souvenirs et des émotions, c'est la scène des Johnny Hallyday, Sardou, l'un fait 4000, l'autre 5000 personnes. Cabrel venait, remplissait deux jours, puis Sting... Nadau en companhia

En novembre 93, Nadau arrivent, lancent le pari de fêter leurs vingt ans de chansons, de scène, de galère. Après avoir chanté partout, sur les chars à foin, sur les scènes de village, ils disent à leur public : «Ecoutez, pendant vingt ans, on est venus vous chanter quelque chose, venez nous chanter quelque chose à votre tour et puis on va aller au Zénith».

Et ils ont pris le car de la montagne, ont fait des merveilles et des crêpes pour manger sur le parking, avec les bouteilles de rouge, le panier, le saucisson et ils se sont retrouvés 4.500 à chanter l'Immortelle. «Ça fait quelque chose. Ils étaient tous là, il y avait le grand-père de chez moi, là-bas... Donc, ils sont là, ils viennent, alors on s'est dit qu'on allait recommencer».

Jacme Gaudas


Maria blanca


Los de nadau
Au som deu cèu o chic se'n manca
I a una hada cambiada en ausèth
E jo solet que sèi quin canta
Quan la montanha s'a pres lo capéth.

I a temps qui nèva e temps qui desnéva
Los ans que se n van en ronda de sasons
Entén lo qui canta, lo son mau encanta
Atau s'escapan penas e dolors.

E'm vos alucar un arrai de lua
Hens lo païs qui m'avi saunejat
Que i trobaréi mon ombra perguda
E los soviers qui m'avi desbrembats.

Si'm vos prestar las toas alas
Que volarèi shens gahar l'alet
Tà despassar lo temps qui passa
E de la vita saber lo secret.

Baisha deu cèu maria-blanca
Enta'm portar drin de sorelh
E tanben neu qui tan ei blanca
Un navèth monde te bastirèi.

I a temps qui néva...

Nadau
Discs Ventadorn

En haut du ciel ou presque
Y a une fée changée en oiseau,
Et moi seul sais comment elle chante
Quand la montagne a pris son chapeau.

Y a temps qui neige et temps qui déneige,
Les années s'en vont en ronde de saisons,
Écoute celui qui chante, il enchante son mal,
Ainsi s'en vont peines et douleurs.

Veux-tu m'allumer un rayon de lune
Dans le pays que je m 'étais rêvé,
J'y trouverai mon ombre perdue
Et les souvenirs que j'avais oubliés

Si tu veux me prêter tes ailes,
Je volerai sans reprendre haleine
Pour dépasser le temps qui passe
Et savoir le secret de la vie.

Descends du ciel, marie-blanche,
Pour me porter un peu de soleil,
Et puis de cette neige qui est si blanche
Je te bâtirai un nouveau monde.

Y a temps qui neige...

Marie blanche: maria-blanca,
nom béarnais du Percnoptère d'Égypte
, petit vautour de couleur blanche
avec le bout des ailes pointu et noir.


De cap ta l'immortéla.     écoutez un extrait

L 'immortéla, en francés, qu 'ei l'edelweis.
Qu 'ei la flor blanca de la montanha nauta.
e tà l'anar cercar, que cau estar véra valent ... o véra amorós...

S'ei un pais e una flor
E una flor, e una flor
Que l'aperam la de l'amor
La de l'amor, la de l'amor.

Haut Peirot, vam caminar, vam caminar
De cap ta l'immortéla,
Haut Peirot, vam caminar, vam caminar
Lo pais vam cercar.


T'on vas...     écoutez un extrait

Lo men païs qu'ei com una isla
Quate maisons devath lo cèu
Hilh deu gave e de la saliga
Que soi marin shens nat bateu.

T'on vas, Tu qui non poden maserar,
T'on vas...

E qu'ei aquiu la mia escola
Qu'i èi aprés a tot jamèi
La libertat e la bracona
D'aqueth rejaume soi lo rèi.

E en espiant colar l'aigueta
Qui se m'emporta lo vagar
N'ei pas de pena, ma Janeta,
Si n'ai l'enveja de plorar.

Puish quan sia lo darrèr viatge
No'm tirarèi pas lo bonet
Portatz-me donc auprès deu gave
Qui n'esto pas jamèi vailet.

Que me'n tornarèi tà la tèrra
Qu'i èm tots a egalitat
E donc amics tà la hartèra
Un darrèr cop que canteratz.

T'on vas, Tu qui non poden maserar
T'on vas...

Où vas-tu...

Mon pays, c'est comme une île
Quatre maisons dessous le ciel,
Fils du gave et de la saligue,
Je suis marin et n'ai pas de bateau.

Où vas-tu, Toi qu'on ne peut dompter,
Où vas-tu.

C'est là toute mon école .
J'y ai appris à tout jamais.
La liberté et la braconne,
Je suis roi de ce royaume.

En regardant couler l'eau
Qui emporte le temps
C'est pas parce que j'ai de la peine, jeannette,
Si j'ai envie de pleurer.

Quand ce sera le dernier voyage
J'enlèverai pas mon béret,
Portez-moi autrès du gave
Qui n'a jamais été valet.

Je reviendrai à la terre,
On y est tous à égalité,
Alors, amis, pour le repas
Une dernière fois vous chanterez.

Où vas-tu, Toi qu'on ne peut dompter,
Où vas-tu.


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