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Ces pages ont été réalisées par Maryse ROUY que je remercie |
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Clairette, Jean Rafa, Yves Montand, les acteurs qui jouent dans Marius ou
dans Jean de Florette, tous ces gens-là parlent français avec
"l'accent".
Cet accent associé au soleil, aux vacances, à la bonne humeur, qui évoque la
Côte d'Azur et la bouillabaisse, le cassoulet et l'Armagnac, qui agace ou qui
séduit, que l'on ne saurait prendre au sérieux est, en réalité, la trace
d'une langue restée vivante après huit siècles de colonisation française:
l'Occitan.
Naissance de la langue occitane
Pendant les premiers siècles de notre ère, en raison de la domination romaine,
toute une partie du monde méditerranéen se rassemble en une vaste communauté
linguistique qui durera aussi longtemps que se maintiendra l'unité de l'empire.
Ces populations, d'origines fort diverses, ont en commun un statut politique
scellé par l'emploi d'une même langue, le latin. Cette langue se diversifie
toutefois du fait de l'influence des parlers autochtones auxquels elle se
superpose avant de les éliminer. La chute de l'Empire romain, au Ve siècle, et
les invasions barbares qui la précèdent et la suivent aboutissent au
découpage de l'ancien empire en une série de nouvelles unités linguistiques.
Le latin, comme langue parlée, disparaît après le VIe siècle ou, plutôt, se transforme en un certain nombre de parlers nouveaux : l'espagnol, le portugais, le français, l'occitan, l'italien et le roumain. Le latin subsiste malgré tout pendant tout le Moyen-âge comme langue de culture et sert à exprimer ce qui concerne la vie de l'esprit : la religion, la philosophie, la science, les lettres.
En Gaule, les Francs installés au nord de la Loire fondent, sous Clovis, un royaume qui sera le berceau de la France. Leur influence linguistique se limitant à cette partie du territoire déterminera l'actuelle division de la France en parlers d'oïl et parlers d'oc, ces deux mots signifiant oui dans chacun des deux idiomes.
Et si nous parlions de l'occitanie (Conférence de l'Abbé Sylvain Toulze en 1980)
L'Occitan
d'aujourd'hui
Traditionnellement appelé provençal, bien qu'il déborde considérablement la
Provence géographique, l'occitan est le terme qui s'est imposé récemment pour
désigner les parlers d'oc, c'est-à-dire l'ensemble des parlers de type
méridional situé, en France, au sud d'une ligne approximative Gironde-Alpes et
auquel on ajoute le val d'Aoste, en Italie.
Il existe cinq dialectes occitans qui sont : le provençal, le languedocien, le gascon, le limousin et l'auvergnat.
C'est entre dix et douze millions que l'on estime généralement le nombre actuel des usagers de l'occitan, mais il est difficile de vérifier cette estimation à cause de la complexité de la situation linguistique.
A
la fin du XIe siècle, tandis que la chanson de geste, où dominent les thèmes
guerriers, s'épanouit dans le Nord de la France encore frustre, règne dans le
sud, une civilisation plus riche, plus raffinée, plus élégante.
C'est là que l'inspiration lyrique confère une dignité nouvelle au thème de
l'amour qu'elle transforme complètement : l'amant se présente en soupirant, se
proclame le vassal de sa dame, et fait l'amour le but de sa vie. Tel Bernard
de Vendatour, troubadour du XIIe siècle qui chante:
"Que vaut la vie sans amour? Ne sert
qu'à ennuyer les gens."
Né dans l'aire linguistique d'oc, probablement
en Limousin, ce genre nouveau, que l'on appelera la poésie courtoise parce
qu'elle s'adresse à un public de cour, se propage rapidement, non seulement
dans toute la partie méridionale de la France actuelle, mais également en
Italie, en Espagne et au Portugal.
Elle domine la production littéraire jusqu'à la fin du siècle pour ensuite,
après la croisade, laisser place d'une part à la poésie mariale dans
laquelle, sous l'influence des Dominicains, la Vierge prend la place de la Dame,
et d'autre part aux "sirventès", poèmes satiriques dirigés
contre l'occupant.
Cette société tolérante, dans un monde qui l'est peu, accepte et encourage la
propagation d'une nouvelle loi, le catharisme. Cette attitude provoque une
réaction violente : une croisade lancée par le pape Innocent III et menée par
les rois de France. Dite des Albigeois, cette croisade, dont le prétexte est la
lutte contre l'hérésie, aboutit à la conquête des régions du Sud par la
France, en 1229, et au déclin de la civilisation et de la littérature
méridionales, une fois éteints les derniers feux de la révolte exprimés dans
les poèmes polémiques, les "sirventès". 
La colonisation des régions conquises ne se fait pas sans peine : de nombreuses révoltes éclatent, mais elles sont réprimées dans le sang et n'aboutissent pas. La langue occitane reste parlée, mais la langue écrite, celle de l'administration devient peu à peu celle du pouvoir : le français.
Au début du XVIIe siècle, on assiste à une forte recrudescence de créations occitanes: oeuvres carnavalesques, théatre, satires, noëls, spectacles de rue. Mais le classicisme et le pouvoir absolu de Louis XIV consomment l'aliénation culturelle: des Académies locales, filiales de l'Académie Française, sont créées dans le but de répandre le français. Les enfants de la société nantie sont éduqués en français par les Jésuites. Cependant la langue d'oc continue d'être parlée par tout le corps social et, si on ne l'écrit plus, on réédite les écrits du début du siècle qui ont un public nombreux.
Au XVIIIe et jusqu'au milieu du XIXe siècle se succèdent les périodes de stérilité et les périodes de renouveau. L'Occitanie, victime de la volonté centralisatrice issue de la révolution et perpétuée par les divers régimes qui l'ont suivie est une réalité linguistique, mais n'a pas d'existence administrative ni politique.
Un
élan nouveau : le Félibrige
"D'un vièi pople fièr e libre (D'un ancien peuple fier et libre)
Sian bessai la finicioun...(nous sommes peut-être la fin)
D'une raço que regreio (D'une race qui regerme)
Sian bessai li proumié gréu. (Peut-être sommes-nous les premiers jets)"
Frédéric Mistral, La coupo
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle un mouvement occitaniste dont Frédéric Mistral est la figure la plus représentative, le Félibrige, a un gros impact sur la vie littéraire occitane. Mais ses membres ne portent pas sur le plan politique leur rêve nationaliste et fédéraliste. Ils ne se soucient pas de l'enseignement primaire, croyant qu'apprendre aux enfants à lire les almanachs félibréens suffirait pour sauvegarder la langue.
Conséquemment , ce mouvement qui a provoqué un renouveau littéraire indéniable, n'a pas empêché l'occitan de pâtir gravement de l'avènement de l'enseignement obligatoire vers la fin du siècle. Scolarisation et francisation allant de pair, l'occitan devient hors la loi à l'école. Les instituteurs se font les exécutants zélés d'une politique d'élimination de l'idiome vernaculaire: ils apprennent aux enfants à avoir honte de la langue de leurs parents. Le français est présenté comme un moyen d'ascension sociale ce qui explique la faible résistance à l'entreprise de francisation. Ce travail de propagande est complété auprès des jeunes gens par le service militaire obligatoire.
De même que la perte de la langue est enclenchée, dès avant la guerre de 14, les problèmes économiques de l'Occitanie moderne sont déjà présents, résultat d'une politique centralisatrice et du désintérêt des dirigeants pour les régions du sud. Les créations d'industries sont peu nombreuses et ponctuelles; l'artisanat et les petites industries régionales périclitent.
A la saignée provoquée par la guerre ---les Occitans, majoritairement en première ligne ont été nettement plus touchés que le reste de la population---, s'ajoute l'exode rural : les exploitations agricoles, trop petites et mal exploitées ( abus de la monoculture ), ne sont pas viables. Les jeunes n'ont d'autre choix que les carrières administratives, qui, du fait de la centralisation de ce type d'emploi dans la région parisienne, les contraignent à l'exil.
Fin
des années soixante: La reconquête ?
Occitan, as dreit a la
paraula, parla!
(Occitan tu as droit à la parole,
parle!)
pouvait-on lire sur les murs en 1968.
Vos vau parlar d'un païs (je vais vous parler d'un pays)
Que vòl viure (qui veut vivre)
Vos vau parlar d'un païs (je vais vous parler d'un pays)
Que moris (qui meurtClaude Marti, Lo païs que vòl viure.
Mas perqué, perqué (mais pourquoi, pourquoi)
M'an pas dit a l'escòla (ne m'ont-ils pas dit à l'école)
Lo nom de mon Païs? (le nom de mon Pays)
Qu'aviâ tuat mon Païs (qu'ils avaient tué mon Pays)
La lenga de mon Païs ? (la langue de mon Pays)
La lenga de nòstre Païs? (la langue de notre Pays)
Claude Marti, Perqué m'an pas dit?
Après 1965 la culture occitane sort du
ghetto intellectuel où l'avaient enfermée le Félibrige et ses successeurs.
L'Institut d'estudis
occitans devient un organisme de rencontre et de réflexion.
Un nouveau départ est possible grâce aux travaux de Louis Alibert,
artisan
de la renaissance linguistique, de Robert Lafont, théoricien de l'occitanisme
progressiste et de quelques autres.
On assiste à une explosion nationaliste dans laquelle les jeunes tiennent une
place importante.
La chanson ne se cantonne plus dans le folklore:
elle devient revendication culturelle et politique.
Nous retiendrons les noms des interprètes les plus connus: Claude
Marti, Mans de Breich, Patric,
Los de
Nadau, Daumas, Tocabiol, Jacmelina, Maria
Rouanet...
Le
théâtre aussi est porteur de message: l'usage de la langue occitane étant, en
soi, une prise de position, on peut l'utiliser pour traiter d'autres sujets. Une
troupe comme celle du Teatre de la carriera (Théatre de la rue) écrit
collectivement ses textes à partir d'enquêtes et met en scène, parfois sous
forme bilingue, outre le sort du peuple occitan, celui de la femme occitane.
En exergue de Saisons de Femme, est citée la phrase de Yanis Risos:
"Nous avions un nom autrefois, puis nous l'avons changé pour celui de notre homme, puis pour celui de "mère", puis on nous appela "mémé", puis la vieille, puis rien." La création de maisons d'édition de livres et de disques, de journaux, l'émergence de l'occitan dans la publicité, tout laissait croire à une reconquête de l'identité culturelle."
Renaissance
ou feu de paille ?
Une culture qui ne s'appuie pas sur des moyens réels de création et de diffusion, privées d'écoles, de librairies, de télévision, de cinéma est-elle viable ? Depuis le début des années quatre-vingt, les maisons d'édition occitanes font faillite les unes après les autres, le français et l'occitan se confirment dans leur rôle de langue dominante et langue dominée, la première régnant sur la vie publique, la deuxième se limitant aux relations de travail, à l'intimité ou aux plaisanteries.
De moins en moins de jeunes comprennent et parlent la langue. Sans une reconnaissance de l'occitan comme langue officielle sur son territoire avec emploi dans l'administration, enseignement de la langue à l'école et création de médias, dans quelques décennies, il ne sera plus connu que de quelques universitaires ou de quelques "vieux fossiles" que l'on montrera aux touristes.
Dins lo pargue franciman (dans le parc français)
ambe de plumas, ambe de plumas (avec des plumes, avec des plumes)
faràn dançar los Occitans (on fera danser aux Occitans)
la borrèia, tu-tu-pan-pan ! (la bourrée tu-tu-pan-pan)
Jacmelina, La borreia dels Indians (La bourrée des Indiens)
Des quantités d'ouvrages extrêmement divers traitent de l'Occitanie, je n'en citerai que deux qui offrent une bonne synthèse :
Histoire
d'Occitanie, (Institut
d'Etudes Occitanes), Paris, Hachette, 1979.
La littérature
d'Oc, Jean Rouquette,
Paris, PUF, Que sais-je?, 1980.
Ces pages ont été réalisées par Maryse ROUY que je remercie